Martin DRÖLLING (Oberhergheim, 1752 - Paris,...

Lot 54
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Martin DRÖLLING (Oberhergheim, 1752 - Paris,...

Martin DRÖLLING (Oberhergheim, 1752 - Paris, 1817)
Jeune fille écoutant à la porte
Panneau d'acajou.
Signé et daté en bas à droite : Drolling p 1804.
53,5 x 45,5 cm
On y joint un dessin préparatoire pour le petit chien, à l'encre brune (13,5 x 11 cm)
Provenance :
Collection Lenglart de Lille ;
Resté dans la famille par descendance.
La collection Lenglart fut constituée dès 1760 par Charles Lenglart (1740-1816), banquier et négociant en
dentelles de Lille. Celle-ci se composait essentiellement de tableaux des écoles flamande et hollandaise. Mécène
de Watteau de Lille, il a soutenu de nombreux peintres régionaux. A sa mort en 1816, sa collection fut dispersée
entre ses fils Jules (1824-1901) et Auguste (1826-1907). La collection Lenglart a fait l'objet de ventes en 1902 et 1909,
où ne figure pas ce panneau.
Exposition :
Probablement le tableau exposé au Salon de 1804, sous le n°134, L'écouteuse aux portes.
Après un bref passage à l'école de l'Académie des Beauxarts à Paris, Drölling se forme en copiant les peintures nordiques. En contrat avec un marchand qui lui achète trente sous chaque tableau à ses débuts, il rencontre rapidement un grand succès grâce à ses scènes de genre intimistes. Il expose aux salons libres de nombreuses oeuvres, dont sont tirées des gravures. De 1802 à 1813, il travaille également pour la manufacture de Sèvres. Il
a été démontré à de nombreuses reprises qu'il existait à Paris autour de 1800 un grand intérêt pour les tableaux
des "fijnschilders", les peintres de la manière fine leydoise. Dou, Ter Borch, Mieris sont alors appréciés comme des virtuoses du réalisme : les membres de la famille Bonaparte et les amateurs les collectionnent ;
La femme hydropique de Dou entre au Louvre an 1798. Drölling, comme Boilly, s'inscrit dans cet engouement et
grâce au soin porté aux détails, fait entrer le spectateur dans le quotidien des classes populaires ou bourgeoises.
Le sujet d'une servante indiscrète écoutant aux portes existe dans la peinture hollandaise du XVIIe siècle, notamment chez Nicolas Maes (1655, Londres, Guidhall Art Gallery ; Londres, Aspley House), ou encore chez Michel Garnier (1789, collection particulière). Dans ces compositions, la porte est entrouverte de biais, l'espace
est divisé en deux et on voit au loin, dans la perspective, un couple enlacé en train de converser. Drölling, replace ce thème dans le contexte d'un intérieur parisien de son époque, et fait du motif de la porte fermée un écran
frontal impénétrable. La scène se déroule uniquement entre la jolie espionne et le spectateur. On admirera
la posture de la jeune femme, tendant l'oreille, la pose arrêtée, les doigts sur sa bouche pour nous signifier de ne pas faire de bruit et nous rendre complice de sa hardiesse. Drölling est ici proche de Boilly dans la description d'un
intérieur bourgeois et la précision du costume. Notre tableau possède encore un peu de la sensualité du XVIII e
siècle français : l'élégante robe à manche courte en soie, avec une pointe en mousseline croisée, laisse entrevoir un sein, alors que traîne au sol son châle en cachemire à réserve rouge. On retrouvera le même raffinement pictural et la même précision dans la petite nature morte, à droite, posée sur un guéridon à piétement tripode. On y voit une boîte de nécessaire à couture ouverte, une pelote rouge, des ciseaux et un étui à aiguille en métal doré, ainsi que leurs reflets sur le plateau. Derrière, une chaise Directoire avec son dossier est caractéristique de ce style.
Ce tableau sera inclus au catalogue raisonné de l'oeuvre de Drölling actuellement en préparation par Monsieur
Didier Segon qui, après examen, a bien voulu nous confirmer son caractère autographe.
Un dessin préparatoire à la jeune femme (25,5 x 19,3 cm) appartenait à la collection Adophe Stein en 1972
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